Humanisme-Ecologie-République

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Y a-t-il un pilote pour la sûreté nucléaire française ?

Par Jean-Louis Basdevant,

Physicien, professeur honoraire à l'Ecole Polytechnique.

Tchernobyl et Fukushima sont des accidents « majeurs » de niveau 7 suivant l’échelle internationale de gravité INES. L’accident grave de Three Mile Island est de niveau 5.

Tous trois proviennent de fusions des cœurs des réacteurs : échauffement brutal suite au dérèglement des dispositifs de refroidissement. En France, c’est à Saint-Laurent-des-Eaux que se sont produits, en 1969 et en 1980, les deux incidents les plus graves, classés de niveau 4.

Le 23 mars 2011, le gouvernement demandait à l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) d’évaluer le risque que se produise en France un accident nucléaire grave ou majeur, et d’estimer nos capacités à y faire face.

On lit en effet dans un rapport de recherche de 2007 de l’IRSN et du CEA : « Toutefois, dans les centrales existantes, les accidents graves n’ont pas été considérés lors de leur conception. »

Autrement dit, la totalité des réacteurs français en service sont sans défense face à un accident grave.

Les deux « incidents » suivants ne figurent pas dans la liste officielle des situations graves. Le 15 avril 1984, dans la centrale du Bugey, une panne de chargeur fait décharger deux batteries de 48 volts. En cascade, la défaillance entraîne le désordre du contrôle électrique. On ne sait pas si le cœur du réacteur va être refroidi.

Les autorités reconnaissent à l’époque, dans leurs documents internes, que : « C’est sans aucun doute [l’incident] pour lequel on a approché le plus près d’un accident grave depuis le démarrage de la première tranche du parc REP français ».

On a frisé l’accident majeur, pourtant cet épisode ne porte pas de numéro INES. À la centrale du Blayais, la nuit du 27 au 28 décembre 1999 est celle de la fameuse tempête et de l’inondation. Une chance insigne a permis d’éviter l’accident majeur.

C’est, en quelque sorte, un Fukushima manqué de peu, onze ans plus tôt. L’Autorité de Sûreté Nucléaire publie le 6 janvier un communiqué classant l’incident au niveau 2 et précisant : « L’inondation a endommagé des pompes et circuits importants et le niveau de sûreté des installations a été affecté ».

En février 2013, l’IRSN estimait le coût des accidents nucléaires pouvant survenir en France à 430 milliards d’euros. La presse retrouva un premier rapport de 2007, resté confidentiel, qui portait ce coût entre 760 et 5 800 milliards.

Pourquoi ce secret ? « S’il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de sûreté », a répondu le directeur général.

À l’évidence, l’idée qu’un coût de l’ordre du PIB, voire supérieur, puisse mener à la suppression de la filière, n’entre pas dans sa logique.

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Dans l’immédiat, la seule issue
réside dans la suppression réfléchie
et déterminée des réacteurs actuels.

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Le 10 mars 2013, ce directeur de l’IRSN, interrogé par le journal Le Monde sur l’impact qu’avait eu, sur la gestion du risque nucléaire, l’accident survenu deux ans plus tôt, déclarait : « Fukushima nous oblige à imaginer l’inimaginable et à nous y préparer. » Outre que cette expression n’a pas grand sens sauf sous la plume d’un poète, elle montre une méconnaissance totale du problème.

Les causes possibles d’un accident sont innombrables. Il est puéril de s’attaquer à leur inventaire. La raison impose de s’attaquer à leur effet, bien mieux défini.

Dans l’immédiat, la seule issue réside dans la suppression réfléchie et déterminée des réacteurs actuels.

Il n’existe aucune autorité en charge de la sûreté nucléaire. L’ASN est une instance consultative, s’appuyant sur un institut technique, l’IRSN.

Il est indispensable d’instaurer une instance responsable devant le gouvernement, dotée de pouvoirs et d’une obligation de transparence vis-à-vis du public, un véritable pilote de la sûreté nucléaire en France.

Source : Atomes crochus n° 2, juin 2013

http://leliencommun.org/atomescrochus/catastrophe/basdevant.html

Pour plus d’information :

Jean-Louis Basdevant Maîtriser le nucléaire, sortir du nucléaire après Fukushima ? Eyrolles, 2012



28/06/2013
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