Humanisme-Ecologie-République

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Rémi Fraisse, victime d’une guerre de civilisation

 

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Rémi FRAISSE

Excellent article du non moins excellent Edgard Morin à propos de la mort intolérable d’un jeune homme de 21 ans sur le site d’un projet pour lequel la Ministre Ségolène Royal n’a pas hésité à critiquer, déclarant à l’émission le « Grand Rendez-Vous » i-Télé-Europe 1-Le Monde, dimanche, : « Si cela avait été dans ma région, j’aurais arrêté la situation depuis longtemps ».

Poursuivant la critique en direction des élus locaux qui selon elle, ont commis « une erreur d’appréciation » dans le financement du barrage et  leur reprochant d’avoir laissé s’enliser le conflit avec les opposants écologistes.

Indirectement la Ministre s’en prend au gouvernement qui, mordicus tel « un âne bâté », a fait donner la charge sur le territoire français avec des grenades défensives contre des civils non armés. Elle a raison !

D’autant plus raison que ce gouvernement a maintenu sur cet acte ignoble de barbarie, une chape de plomb digne des dictatures sud-américaines.

Toute la vérité est réclamée aujourd’hui par les Parents de Rémi Fraisse ainsi que par tous les humanistes épris de démocratie de justice et de fraternité. Il faudra l’obtenir. Edgard Morin dit tout cela bien mieux que je ne puis le faire, aussi je n’épiloguerai pas.

Plusieurs liens d’articles figurent en bas de page qui sont autant de compléments nécessaires pour bien mesurer la « saloperie » qui s’est passée à Sivens dont sont victimes Rémi Fraisse, les membres de sa famille, leurs amis et tous les citoyens de la communauté écologiste alternative.

Bernard FRAU Délégué Général.

 

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Le sociologue et philosophe Edgar Morin, le 20 octobre 2012. | FRED DUFOUR / AFP

A l’image d’Astérix défendant un petit bout périphérique de Bretagne face à un immense empire, les opposants au barrage de Sivens semblent mener une résistance dérisoire à une énorme machine bulldozerisante qui ravage la planète animée par la soif effrénée du gain. Ils luttent pour garder un territoire vivant, empêcher la machine d’installer l’agriculture industrialisée du maïs, conserver leur terroir, leur zone boisée, sauver une oasis alors que se déchaîne la désertification mono culturelle avec ses engrais tueurs de sols, tueurs de vie, où plus un ver de terre ne se tortille ou plus un oiseau ne chante.

Cette machine croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir.

Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agro-écologie pionnière.

Elle a la bénédiction de l’Etat, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le « vouloir vivre ensemble ».

Elle ne sait pas que les îlots de résistance sont des îlots d’espérance.

Les tenants de l’économie libérale, de l’entreprise Über alles, de la compétitivité, de l’hyper-rentabilité, se croient réalistes alors que le calcul qui est leur instrument de connaissance les aveugle sur les vraies et incalculables réalités des vies humaines, joie, peine, bonheur, malheur, amour et amitié.

Le caractère abstrait, anonyme et anonymisant de cette machine énorme, lourdement armée pour défendre son barrage, a déclenché le meurtre d’un jeune homme bien concret, bien pacifique, animé par le respect de la vie et l’aspiration à une autre vie.

Nouvel avenir

A part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir.

Le problème du barrage de Sivens est apparemment mineur, local. Mais par l’entêtement à vouloir imposer ce barrage sans tenir compte des réserves et critiques, par l’entêtement de l’Etat à vouloir le défendre par ses forces armées, allant jusqu’à utiliser les grenades, par l’entêtement des opposants de la cause du barrage dans une petite vallée d’une petite région, la guerre du barrage de Sivens est devenue le symbole et le microcosme de la vraie guerre de civilisation qui se mène dans le pays et plus largement sur la planète.

L’eau, qui, comme le soleil, était un bien commun à tous les humains, est devenue objet marchand sur notre planète. Les eaux sont appropriées et captées par des puissances financières et/ou colonisatrices, dérobées aux communautés locales pour bénéficier à des multinationales agricoles ou minières.

Partout, au Brésil, au Pérou, au Canada, en Chine… les indigènes et régionaux sont dépouillés de leurs eaux et de leurs terres par la machine infernale, le bulldozer nommé croissance.

Dans le Tarn, une majorité d’élus, aveuglée par la vulgate économique « des possédants » adoptée par le gouvernement, croient œuvrer pour la prospérité de leur territoire sans savoir qu’ils contribuent à sa désertification humaine et biologique. Et il est accablant que le gouvernement puisse aujourd’hui combattre avec une détermination impavide une juste rébellion de bonnes volontés issue de la société civile.

Pire, il a fait silence officiel embarrassé sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine, venu en témoin et non en combattant. Quoi, pas une émotion, pas un désarroi ? Il faut attendre une semaine l’oraison funèbre du président de la République pour lui laisser choisir des mots bien mesurés et équilibrés alors que la force de la machine est démesurée et que la situation est déséquilibrée en défaveur des lésés et des victimes.

Ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. C’est avec une grande prise de conscience, capable de relier toutes les initiatives alternatives au productivisme aveugle, qu’un véritable hommage peut être rendu à Rémi Fraisse.

Edgar Morin (Sociologue et philosophe)

Source 

LE MONDE | 04.11.2014 à 14h38 • Mis à jour le 07.11.2014 à 12h50

Plus d’information

http://www.mediapart.fr/journal/france/061114/sivens-la-faute-des-gendarmes-le-mensonge-de-letat?onglet=full

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/11/03/barrage-de-sivens-un-dossier-entache-de-conflits-d-interets_4517419_3244.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/11/03/l-abandon-programme-du-barrage-de-sivens_4517031_823448.html

 

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07/11/2014
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