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Marwan Muhammad (CCIF) : «On assiste à l’émergence d’une islamophobie sécuritaire»

Ce texte, publié dans Libération  le 2 août 2016 est une démonstration assez claire de la difficulté de dialogue et de l’intransigeance dans le dialogue avec le CCIF censé lutter contre l’islamophobie en France. Les réponses Marwan Muhammad sont en l’état « incompatibles » avec une intégration dans le pacte social républicain. « Nos droits et nos libertés ne se négocient pas » déclare le directeur du Collectif contre l'islamophobie en France. De quels droits parle Marwan Muhammad. A quelles libertés fait-il référence ?

Dans la communauté nationale, au delà des droits et des libertés publiques il y dans la République des « devoirs citoyens » qui s’appliquent à tous sans distinction. Il ne peut y avoir dans notre Pays de développement séparé des communautés la République est une et indivisible. Le seul agenda à respecter est celui de la République dont le principe de laïcité est un des piliers principaux. Sinon, Monsieur Marwan Muhammad, comme l’écrit si bien Tahar Ben Jelloul «  il ne vous restera plus qu’à faire vos valises et retourner dans le pays natal ».

Bernard FRAU

 Des musulmans en prière le 29 juillet 2016 à la mosquée Yahya à St-Etienne-du-Rouvray

Photo CHARLY TRIBALLEAU. AFP

Pour le directeur du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), les actes islamophobes ne sont pas en pleine explosion, mais sont alimentés par les discours politiques.

 

Comme après les attentats de janvier et novembre 2015, les attaques de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray ont été suivies d'actes islamophobes, notamment des dégradations de mosquées, mais aussi une agression – sans compter de nombreux propos tenus dans l'espace public, dans les médias et sur Internet.

 

Pourtant, il ne s'agit pas, cette fois, d'une explosion, relève Marwan Muhammad, directeur du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). En revanche, les dernières déclarations de Manuel Valls sur l'islam sont selon lui une «déclaration de guerre institutionnelle».

Quel constat dresse le CCIF des actes islamophobes qui ont succédé aux attentats de Nice, le 14 juillet, et de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet ?

Il y a une «bonne nouvelle» dans la situation grave que nous vivons : on ne constate pas une explosion des actes islamophobes comme ce fut le cas après les attentats de janvier et novembre 2015. Si je compare la quinzaine d’après le 14 juillet par rapport à la quinzaine qui précède, on est à peu près sur le même nombre d’incidents.

Au total, on a enregistré 36 actes islamophobes pendant la quinzaine après Nice, avec à peu près la même distribution que d’habitude entre dégradations, discriminations, agressions... Ainsi, on ne constate d’augmentation ni en amplitude ni en gravité des faits, hormis le cas du septuagénaire agressé à Rouen. Il y a aussi des menaces très crédibles qui visent des mosquées et deux incendies criminels. Clairement, ces actes sont vécus comme des représailles dans le contexte post-terroriste, alimentés par les discours politiques du moment.

Comment expliquer cette non-explosion ?

En interrogeant nos antennes locales pour comprendre pourquoi il n’y a pas eu d’explosion. Trois raisons ressortent : d’abord, le fait que beaucoup de musulmans se trouvent parmi les victimes de Nice rend plus compliqué de les désigner comme coupables. Ensuite, la répétition des attentats provoque une sorte de résilience. Enfin, de plus en plus, ce n’est plus la responsabilité des musulmans qui est mise en cause, mais celle du gouvernement.

Il y a un déplacement du curseur : on n’a jamais reçu autant de messages de soutien. Par ailleurs, l’islamophobie elle-même est en train de muter, avec des sanctions judiciaires visibles pour ses auteurs. Les agresseurs savent que nous agirons pour les faire condamner, mais on assiste à l’émergence d’une islamophobie sécuritaire, renforcée par des déclarations politiques.

Comment vos antennes locales ont-elles constaté cette évolution ?

Ce qui remonte, c’est que les rencontres avec les élus locaux et le tissu associatif se passent bien, que quand on fait des réunions ou des rencontres pour expliquer notre travail, ça se passe très bien aussi. Par ailleurs, le drame de Saint-Etienne-du-Rouvray a mis en lumière les liens qui peuvent se tisser entre catholiques et musulmans. Ces liens étaient déjà forts avant, ils le restent aujourd’hui et le resteront. Ce n’est pas de l’affichage politique mais une réalité de terrain.

A propos de Saint-Etienne-du-Rouvray, on constate aussi, dans notre recension, que de nombreuses dégradations de mosquées surviennent aussitôt après, parfois la nuit suivante...

Oui, avec des groupes identitaires qui s’activent en représailles suite à l’assassinat de l’abbé Hamel, aux antipodes des positions officielles prises par les institutions catholiques.

On touche là à une fracturation interne aux communautés chrétiennes. Il y a d’un côté un catholicisme humaniste, en fraternité permanente avec les mouvements sociaux et toutes les communautés, c’est celui-là qui fait tout le maillage catholique sur le territoire.

Et il y a une mouvance qu’on pourrait qualifier d'«identitaire», qui surinvestit le terrain politique. Ce sont eux qui envoient une volée de bois vert au pape quand il tient un discours d’accueil et de paix.

Que pensez-vous des récentes déclarations du Premier ministre, Manuel Valls, comme : «Si l’islam n’aide pas la République à combattre ceux qui remettent en cause les libertés publiques, il sera de plus en plus dur pour la République de garantir le libre exercice du culte» ?

D’un point de vue politique, ces propos sont une déclaration de guerre institutionnelle, livrée à tous ceux qui ne s’aligneraient pas sur son agenda. Il y a une schizophrénie de Manuel Valls : à l’entendre, il ne faut pas faire d’amalgames mais c’est aux musulmans d’assurer la sécurité nationale. Il est dans une contradiction permanente, en revendiquant la laïcité, tout en allant s’ingérer dans le financement des mosquées, la formation des imams et la pratique du culte.

Cette fuite en avant, cette façon de dicter ses exigences puis de blâmer les musulmans pour ses propres échecs vire à l’obsession chez M. Valls, emportant le pays avec lui. Il est important de rappeler une vérité simple : nos droits et nos libertés ne se négocient pas.

       

source:

               

http://www.liberation.fr/auteur/15287-frantz-durupt

Par Frantz Durupt — 2 août 2016 à 17:37 (mis à jour à 18:27)



04/08/2016
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