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Marc Dufumier : "L'avenir, c'est la France des terroirs et non l'agriculture industrielle"

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© CITIZENSIDE/CHRISTOPHE ESTASSY/citizenside.com/AFP

Alors que le salon de l'Agriculture ouvre ses portes samedi 21 février, l'agronome Marc Dufumier plaide pour une autre agriculture basée sur la qualité et non la quantité.

Surnommé « la plus grande ferme de France », le 52e salon de l'Agriculture ouvrira ses portes du 21 février au 1er mars à la Porte de Versailles à Paris.

Sur fond de photo de Filouse – une jolie vache de race rouge flamande – le thème mis en avant cette année est on ne peut plus consensuel : « Une agriculture en mouvement pour mieux manger, pour préserver la planète, tout en innovant » (sic).

Pourtant, un peu partout dans l'Hexagone, des projets de méga fermes – « 1000 vaches » dans la Somme, « 1000 veaux » dans le Limousin, « 6000 porcs » dans l'Aisne, etc...  – suscitent de nombreux conflits. Entre d'un côté les partisans de ces agrandissements (éleveurs locaux soutenus majoritairement par les chambres d'agriculture et la FNSEA) et les opposants à « l’industrialisation de l'agriculture » (Confédération paysanne, écologistes, consommateurs, militants du bien-être animal).

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L'occasion de donner la parole à Marc Dufumier, ingénieur agronome, professeur émérite à l'Agro Paris Tech et membre du comité de veille scientifique de la Fondation Nicolas Hulot, et auteur de 50 idées reçues sur l'agriculture et l'alimentation (Allary Edition, 2014).

Olivier Nouaillas La Vie

Les tenants des projets comme la ferme des 1000 vaches affirment que ces agrandissements sont inévitables pour que l'agriculture française reste compétitive, à la fois sur le marché européen et mondial. C'est votre avis ?

Cette course à la grandeur des étables ce n'est que la poursuite d'un mouvement d'évolution vers une agriculture industrielle. C'est à dire essayer d'appliquer à l'agriculture des processus qui ont déjà fait leur preuve dans l'industrie : produire toujours à plus grande échelle pour produire au moindre coût monétaire.  Mais, grande différence, en oubliant d'y intégrer tous les coûts environnementaux (la pollution des sols et des rivières) qui n'apparaissent pas dans le prix de la viande et du lait et qui sont externalisés, c'est à dire payés par la société et nos impôts.

Certes, la mécanisation de l'élevage a été plus tardive en France que pour les productions végétales, mais avec l'introduction des salles de traites automatisées puis les robots de traite, ce mouvement prend aujourd'hui une ampleur inégalée.

Il est vrai que ces fermes de 1000 vaches existent déjà en Allemagne ou en République Tchèque, et le défi pour les éleveurs français, notamment, ceux du grand Ouest, c'est de savoir s'ils pourront rester compétitifs.

D'autant plus qu'on va vers une suppression des quotas laitiers en Europe...

Oui, le vrai rendez-vous ce n'est pas le salon de l'Agriculture mais le 1er avril 20215 avec la suppression des quotas laitiers, institués en 1984. Il ne faut pas exclure que cela risque d'entraîner une surproduction de lait sur le marché européen à relativement court terme.

Et même si les pays émergents sont en train de devenir des gros consommateurs de lait, on voit que, par exemple, la Chine a pris les devants en investissant un peu partout. Certes, dans des tours de déshydratation du lait à Carhaix en Bretagne, mais surtout en Irlande, en Uruguay et en Nouvelle-Zélande.

Et je doute que les éleveurs bretons et vendéens pourront rester compétitifs dans ces conditions. Déjà, l'exemple de l'effondrement du marché des poulets bas de gamme en Bretagne, laminé par la production brésilienne, montre que le productivisme à bas coût est une impasse. Et je crains que, pour le lait, deux éleveurs français sur trois vont disparaître d'ici une dizaine d'années.

Est-ce qu'il y a une autre voie possible pour l'agriculture française ?

C'est tout ce qui tourne autour de la France des terroirs avec de la valeur ajoutée : le bio, bien sûr, mais aussi les appellations d'origine contrôlée et tous les labels Aujourd'hui pour ce qui est la balance commerciale de la France, les deux tiers de nos excédents se sont déjà des produits à très haute valeur ajoutée : le champagne, les vins, les spiritueux, les fromages AOC... 

Autre exemple : en France en cinq ans, la consommation de produits bio a plus que doublé mais, faute d'aide suffisante à l'agriculture bio, la moitié de cette demande est fournie par des importations. C'est aussi pour cela qui faut développer des circuits courts. Par pour les bobos mais aussi pour les couches modestes, en investissant le marché des cantines scolaires, des restaurants d'entreprise et des EPHAD.

Et on verra, très rapidement, contrairement à qu'affirme la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, que c'est beaucoup plus qu'un marché de « niches ».

Les produits « bio » restent pourtant plus chers.

Ces productions plus artisanales doivent être payées plus chers aux producteurs car elles exigent plus de travail et de main d'oeuvre. Mais on peut agir sur la diminution des coûts de distribution par la mise en place des circuits de proximité que j'évoquais.

Avec, bien sûr, une réorientation des aides agricoles vers la qualité et non la quantité, ainsi que d'autres services rendus à la nature, comme par exemple le maintien des haies, par des paysans « droits dans leurs bottes », fiers de participer à la protection de l'environnement.

Certes, cette agriculture industrielle nous donne l'apparence de nous fournir des produits à très faible coût mais c'est une tromperie.

Par exemple, le lait ou le cochon vendu pas cher au supermarché nous coûte, en fait, très cher. Car, on paye les impôts pour retirer les algues vertes des rivages bretons, on paye des taxes pour rendre potable l'eau souillée par les nitrates et le lisier.

Et pour un grand nombre de végétaux, produit avec les pesticides, on paye avec l'effondrement des abeilles et les soins de toute une série de maladies. Au total, tout cela nous coûte très cher en termes de santé publique et de diminution de la  biodiversité.

Pourtant officiellement, une Politique agricole commune (PAC) plus verte a été mise en place...

Soyons clair, nous, les tenants d'une autre agriculture, celles des terroirs et des produits bios, nous avons perdu la bataille pour la réforme 2014/2020.

Car cette PAC dite plus « verte » ce n'est pas la rémunération de services environnementaux ou pour des circuits courts de produits bio ou AOC... Cela reste majoritairement des primes à l'hectare qui continuent d'aller aux plus gros exploitants.

Certes elles sont désormais conditionnées à certaines mesures environnementales. Mais elles sont insuffisantes et plus ont été dictées, pour éviter les distorsions de concurrence, de façon uniforme depuis Bruxelles pour tous les terroirs de 28 pays.

Ces éco conditionnalités sont parfois même contre productives car elles braquent les agriculteurs contre des normes imposées et pas toujours applicables dans leurs terroirs. Alors, évidemment, le syndicalisme agricole majoritaire a beau jeu de dénoncer ces règles tatillonnes alors qu'il a, en quelque sorte, contribué à les mettre en place. En combattant la voie contractuelle que voulait mettre en place la nouvelle PAC. Il nous reste à mieux préparer la réforme de 2020.

Vous irez au Salon de l'agriculture, cette année ?

Pourquoi pas. En tout cas, l'année dernière, j'avais participé au Salon 2014 à un débat très intéressant avec Xavier Beulin, le président de la FNSEA, sur le type d'agriculture que nous voulions pour notre pays.

Malgré nos oppositions assez totales, nous avions pu avoir un dialogue franc. D'ailleurs au Salon, les deux types d'agriculture cohabitent. Vous avez d'un côté, les représentants et les stands de l'agriculture productiviste et de l'agrobusiness. Et de l'autre, vous pouvez trouver les stands des terroirs, avec des bons produits bios ou labellisés, ainsi que les pionniers de la vraie agroécologie. Preuve que rien n'est encore définitivement joué.

Propos recueillis par Olivier Nouaillas le 17/02/2015 / modifié le 17/02/2015 à 12h06

 

Source http://www.lavie.fr/actualite/ecologie/marc-dufumier-l-avenir-c-est-la-france-des-terroirs-et-non-l-agriculture-industrielle-17-02-2015-60573_8.php

 

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Pour en savoir plus

 

L’agroécologie pour nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière :

 

http://www.bioconsomacteurs.org/bio/dossiers/agriculture/marc-dufumier-l-agroecologie-pour-nourrir-correctement-et-durablement-l

 

Agroécologie: 20 organisations font part de leurs préoccupations dans une lettre à Stéphane Le Foll

 

http://www.bioconsomacteurs.org/bio/dossiers/agriculture-alimentation-sante-environnement-societal/agroecologie-20-organisations-fon

 

L’utilisation des pesticides agricoles augmente

 

http://www.bioconsomacteurs.org/bio/dossiers/agriculture/l-utilisation-des-pesticides-agricoles-augmente

 

La faim dans le monde n’est pas liée à un manque de nourriture, mais à la pauvreté

 

http://lesdebatsdudd.blog.lemonde.fr/2013/11/26/marc-dufumier-la-faim-dans-le-monde-nest-pas-liee-a-un-manque-de-nourriture-mais-a-la-pauvrete/

 

 

 

Salon international de l'Agriculture,

 

Porte de Versailles, 75015 Paris : du samedi 21 février au dimanche 1er mars. Ouvert tous les jours de 9h à1h, le mercredi et le jeudi jusqu'à 20h. Tarifs : 13 euros et 6 euros (tarif réduit) et gratuit pour les moins de six ans.

 

Renseignements : www.salon-agriculture.com

 

Salon international de l'Agriculture,

Porte de Versailles, 75015 Paris : du samedi 21 février au dimanche 1er mars. Ouvert tous les jours de 9h à1h, le mercredi et le jeudi jusqu'à 20h. Tarifs : 13 euros et 6 euros (tarif réduit) et gratuit pour les moins de six ans.

Renseignements : www.salon-agriculture.com



18/02/2015
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