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Les robots sexuels ou la dérive des « love doll »

Le développement des « sexbots » féminins, machines perpétuellement consentantes, lascives et dociles, est une entreprise florissante.

La question des relations sexuelles avec les robots androïdes va très vite se poser. En fait, elle se pose déjà : au Japon, quand un client achète un Pepper dans une boutique Softbank, le contrat de vente stipule que le robot ne devra pas être utilisé pour des activités sexuelles – alors même qu’il est en plastique dur, qu’il n’a pas de jambes, donc pas d’entrejambes, et pas de bouche…

Michael Coghlan/CC by SA 2.0

Dans les pays anglo-saxons, des associations féministes et des universitaires ont déjà lancé des campagnes médiatiques pour faire interdire préventivement la fabrication des robots sexuels.

Selon ces militants, l’usage des « sexbots » perturberait le développement affectif des adolescents.

Plus généralement, il aggraverait la tendance de nombreux hommes à « objectiver » les femmes : s’ils prennent l’habitude de coucher à leur guise avec des machines perpétuellement consentantes, lascives et dociles, ils auront tendance à exiger la même attitude de leurs amantes en chair et en os.

Naissance d’une petite industrie

Dans les faits, on assiste à la naissance d’une petite industrie du robot sexuel. Tout d’abord, au Japon et aux Etats-Unis, la fabrication en série de love doll (poupées d’amour) est déjà une activité florissante. Il s’agit de mannequins féminins en matériaux souples aussi réalistes que possible, y compris pour les parties intimes. Elles sont inertes mais articulées, afin d’adopter toutes les positions. Au Japon, les amateurs de love doll se réunissent en clubs d’adorateurs, et affectent de traiter leurs poupées comme des femmes.

Pour passer à l’étape suivante, des ingénieurs ont monté des ateliers où ils intègrent des systèmes robotiques rudimentaires dans des love doll.

A ce jour, le résultat est très imparfait – elles parlent d’une voix mécanique, bougent à peine la tête et les bras – mais on n’arrête pas le progrès. La société True Companion, basée dans le New Jersey, a commencé à commercialiser sur Internet des love doll semi-animées. Roxxxy, le modèle de base coûte 7 000 dollars, mais le prix d’une poupée personnalisée avec toutes les options peut atteindre des dizaines de milliers de dollars.

True Companion a diversifié son catalogue, avec par exemple un modèle d’allure un peu âgée, Mature Martha, qui « apprécie » les soirées tranquilles, et un autre, Frigid Farrow, qui reste passive lors de l’étreinte.

Personnalité programmable

De son côté, la société californienne Abyss, qui fabrique des love doll haut de gamme « complètement plausibles » (poils pubiens en option pour 110 dollars), a ouvert un petit laboratoire de robotique et d’intelligence artificielle.

L’objectif est de produire des robots sexuels androïdes dotés de visages animés et d’une personnalité programmable sur mesure.

Dans une vidéo publiée sur le Net, le patron de la société, Matt McMullen, explique ainsi son objectif : « Je veux créer quelque chose qui va réellement exciter un humain sur le plan émotionnel et intellectuel, au-delà du physique (…) Si nous parvenons à créer l’illusion que la poupée veut vous donner du plaisir et qu’elle-même prend du plaisir, cela va générer un intérêt bien plus grand qu’un robot simplement capable de rouler des hanches. »

Source

LE MONDE | 14.10.2016 à 16h50 • Mis à jour le 18.10.2016 à 08h27

Yves Eudes Grand reporter

//www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/10/14/sexbots-ou-la-derive-des-love-doll_5013961_4497916.html#8GkijDQechaJqQkw.99

 

 

 

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