Humanisme-Ecologie-République

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Le capitalisme, vert ou pas, est un « suicide écologique »

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La crise climatique est la plus grande menace qu’ait jamais affrontée l’humanité.

Au taux actuel d’émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement de la planète dépassera 2°C d’ici la moitié du siècle et atteindra entre 4 et 6°C de plus que les moyennes préindustrielles d’ici 2100. La magnitude de la catastrophe à venir a été éloquemment décrite par Hans Schnellhuber, directeur de l’institut de Potsdam sur la recherche de l’impact sur le climat, lorsqu’il a dit que : « la différence entre deux et quatre degrés est la civilisation humaine… ». En plus de cela, la biosphère fait face, entre autres, à une pollution massive, à un épuisement des ressources, à une extinction des espèces, à l’acidification des océans, pour ne citer que quelques-uns des dangers imminents.

Mais pouvons-nous nous sauver nous-mêmes ?

Dans son nouveau livre, Capitalisme Vert : Le dieu qui a échoué, Richard Smith explique irréfutablement que « la production soutenable est certainement possible, mais pas sous l’égide du capitalisme », et, encore plus rigoureusement, que « le capitalisme et le sauvetage de la planète sont fondamentalement et irréconciliablement incompatibles ». Cette question centrale, Smith l’illustre par une maîtrise économique impressionnante et un style d’écriture agréable. Il explique et illustre avec une clarté dévastatrice les mécanismes clés du capitalisme, qui le forcent à croître perpétuellement, et ces explications sont étayées par un éventail d’exemples de pratiques économiques entrepreneuriales et nationales, à travers la planète.

Capitalisme Vert : Le dieu qui a échoué est une compilation d’essais déjà publiés. Les cinq premiers chapitres étudient les écrits d’Adam Smith et la transition historique du capitalisme en Europe. Le premier chapitre explique comment, dès le départ, la compétition dans le marché a entrainé une innovation rapide, qui à son tour a entraîné l’expansion du marché, un cycle qui ne s’est jamais interrompu depuis lors. L’économie capitaliste, par conséquent, a eu des implications écologiques depuis son avènement, se distinguant des périodes précédentes.

Les implications écologiques, cependant, sont ignorées par les économistes grand public.

A ce propos, Smith explique que « les manuels d’introduction à la macroéconomie utilisés par la plupart des départements d’économie des USA illustrent bien le manque de contact avec la réalité de cette profession ». Les économistes grand public, de Milton Friedman à Paul Krugman, reconnaissent la nécessité d’une expansion économique sans fin, ainsi que la croissance du consumérisme. Sans cela, le capitalisme s’effondrerait.

Selon Krugman « […] bien qu’il soit dommage que les états-uniens continuent la compétition à qui possèdera le plus de jouets, la pire des choses serait la cessation soudaine de cette compétition ».

L’expansion économique est inévitable sous l’égide du capitalisme, mais la destruction de la planète en est le résultat inexorable.

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Richard Smith le résume ainsi : « […] la croissance et la consommation insatiables détruisent la planète et condamnent l’humanité — mais sans une croissance incessante de la production et une consommation en hausse perpétuelle, notre situation serait encore pire. Telle est la logique contradictoire et suicidaire du capitalisme ».

Même en mettant de côté la destruction de la planète, la main invisible du marché a échoué selon ses propres termes. Smith nous rappelle que « deux siècles un quart après les écrits d’ [Adam] Smith, le développement mondial du capitalisme a produit les sociétés les plus grossièrement inégalitaires de l’histoire, avec la moitié des habitants du monde qui vivent avec moins de 2$ par jour, et des milliards vivant dans un état de pauvreté extrême… ».

Contre l’économie grand public, une poignée d’économistes proposent des modèles soutenables de capitalisme, comme la décroissance, ou des versions stables du capitalisme ; ou un « capitalisme vert », dans lesquels les avancées technologiques, le recyclage, et une « économie dématérialisée » permettraient d’une façon ou d’une autre une croissance infinie et pourtant soutenable.

Dans les chapitres 2 et 3, Smith les analyse en détail. Les désaccords ne sont pas que théoriques. Les solides réfutations de Smith sont d’une importance capitale parce que la plupart des leaders environnementaux, aux USA, soutiennent une version de la décroissance ou du capitalisme vert, à travers leurs déclarations, leurs actions ou simplement leurs échecs à identifier le capitalisme comme une menace pour notre survie.

Comme le montre Smith, le problème n’est pas notre « addiction à la croissance », ni que la croissance perpétuelle soit un « sortilège », comme l’a dit Bill McKibben (que Smith cite). Même le livre conséquent de Naomi Klein, « tout peut changer : le capitalisme contre le climat », dont Smith fait la critique dans le chapitre 4, se concentre principalement sur le « capitalisme dérégulé », en opposition au capitalisme.

Cela rappelle l’obsession pour le néolibéralisme de tant d’écrivains des médias grand public progressistes, qui ne condamnent que très rarement, voire jamais, le capitalisme sans lui accoler un adjectif.

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Les coupables sont, pour eux, le « capitalisme corporatiste », le « capitalisme de casino », etc. plutôt que le capitalisme lui-même.

Au contraire, et avec une clarté de pensée rafraichissante, Smith explique, « […] raison pour laquelle la croissance écologiquement suicidaire fait partie intégrante de la nature de tout capitalisme concevable. Cela signifie… que le projet d’un capitalisme stable est impossible et n’est qu’une distraction. » En particulier, « sous l’égide du capitalisme, l’intérêt de l’utilisation efficace des ressources ne sert qu’à économiser des ressources afin de produire encore plus de marchandises, pour accélérer la conversion d’encore plus de ressources naturelles en produits ». Cela ne peut être évité sous l’égide du capitalisme, sans causer un effondrement économique.

« Le consumérisme insatiable est une nécessité quotidienne de la reproduction capitaliste… Pas de surconsommation, pas de croissance, pas d’emploi ». Pourquoi pas d’emploi ? Il faut savoir que « plus des deux tiers des ventes de marché, et, par conséquent, la plupart des emplois, dépendent de la vente directe au consommateur, tandis que le reste de l’économie, y compris les infrastructures et le secteur militaire, sert principalement à épauler cette »American way of life »(mode de vie à l’américaine) consumériste ».

Même sans cela, comment le capitalisme pourrait-il un jour atteindre un état stable? « Toyota et General Motors cherchent-elles à produire autant de voitures en acier l’an prochain que cette année ? » demande Smith.

De la même manière, dans le chapitre 3, qui porte le même titre que le livre, Smith démolit les espoirs du capitalisme vert à travers cinq thèses sur la nature de tout capitalisme.

La cinquième d’entre elles remet directement en question les mythes populaires de « sortilège » et d’addiction à la croissance :

« Le consumérisme et la surconsommation ne sont pas « jetables » et ne peuvent être exorcisés parce qu’ils ne sont pas »culturels »ou »habituels ». Ils font partie du capitalisme et sont indispensables pour la reproduction quotidienne des producteurs corporatistes dans un système de marché compétitif dans lequel capitalistes, travailleurs, consommateurs et gouvernements dépendent tous d’un cycle sans fin de hausse perpétuelle de la consommation pour garantir les profits, les emplois, et les revenus des impôts […] ».

Dans les deux derniers chapitres, Smith souligne les contraintes écologiques nécessaires à toute économie post-capitaliste et décrit les alternatives écosocialistes au capitalisme.

Les changements nécessaires sont stupéfiants.

L’économie tout entière doit se contracter et être restructurée, selon une coopération internationale. Le capitalisme est incapable de trouver des emplois pour les travailleurs mis au chômage par la décroissance, même si une expansion importante est nécessaire dans les services sociaux comme le secteur de la santé, l’éducation, la remédiation environnementale, etc.

« [P]puisque nous vivons sous l’égide du capitalisme, pas du socialisme, personne ne promet de nouveaux emplois à tous ces mineurs de charbon, foreurs pétroliers, frackers de gaz, opérateurs de centrales électriques, agriculteurs et fabricants de fertilisants, déforesteurs et constructeurs, empaqueteurs, conducteurs de camions, constructeurs d’avions, pilotes de lignes et équipages, et les innombrables autres occupations et emplois qui seraient mis en péril si l’utilisation de combustibles fossiles était réellement réduite. »

Smith reconnait que la construction d’un mouvement requiert plus que d’être simplement contre la destruction écocidaire; cela requiert une vision pour le futur.

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A cette fin, il souligne un certain nombre de caractéristiques attractives et atteignables d’une société écosocialiste. Capitalisme Vert : Le dieu qui a échoué est une lecture essentielle pour quiconque s’oppose au suicide planétaire. Le capitalisme mène une guerre contre la nature. Et tant que cela ne sera pas une évidence pour un nombre significatif de personnes, nous devrons nous contenter de projets réformistes qui ne peuvent que ralentir la course vers le néant, mais ne peuvent la stopper.

Comme Smith nous le rappelle, « ce n’est pas exagéré de dire qu’il s’agit là du moment le plus critique de l’histoire de l’humanité ».

David Klein

Publication LePartage le 25 juillet 2015

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Source :

Article original (en anglais) publié le 21 juillet 2015 sur truth-out:
http://www.truth-out.org/opinion/item/31959-book-review-green-capitalism-the-god-that-failed

Traduction: Nicolas Casaux

Édition & Révision: Elizabeth G. & Héléna Delaunay

http://partage-le.com/2015/07/le-capitalisme-vert-ou-pas-est-un-suicide-ecologique/

http://www.socialisme-libertaire.fr/2015/07/le-capitalisme-vert-ou-pas-est-un-suicide-ecologique.html



26/08/2015
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