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États-Unis : le casse-tête des mères porteuses qu'on veut faire avorter

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Image d'illustration. © AFP PHOTO / Dept of Surgery / N K P Salve Institute of Medical Sciences"/ N K P SALVE INSTITUTE

Deux mères porteuses enceintes de triplés sont engagées dans une bataille judiciaire contre les parents biologiques qui veulent qu'elles avortent de l'un des fœtus.

L'une s'appelle Melissa Cook. L'autre Brittanyrose Torres. Elles habitent toutes les deux la Californie, sont toutes deux mères porteuses enceintes de triplés. Et sont engagées dans une bataille judiciaire contre les parents biologiques qui veulent qu'elles avortent de l'un des fœtus. Melissa Cook, 47 ans, s'est fait implanter trois embryons conçus in vitro avec le sperme du père, un habitant de l'État de Géorgie, et les ovocytes d'une donneuse.

Les trois embryons se sont développés normalement, phénomène assez rare. Lorsque le père a appris qu'il allait avoir des triplés, il a fait pression sur Melissa Cook, dit-elle, lui demandant d'avoir recours à une « réduction sélective », selon le terme du contrat, autrement dit un avortement de l'un des fœtus, et la menaçant de représailles financières. Cook doit toucher 33 000 dollars pour un bébé, plus 6 000 dollars par enfant supplémentaire.

« Ce sont des êtres humains. J'ai des liens avec ces enfants », a déclaré au New York Post cette mère de quatre enfants, dont des triplés.

Dans une lettre au père biologique rendue publique, elle écrivait : « Le médecin a transféré trois embryons sains. Il y avait de grandes chances qu'ils se développent… Si vous saviez que vous vouliez seulement deux enfants, pourquoi transférer trois embryons ? »

La requête pour un avortement sélectif « a été faite pour sa protection et pour éviter des complications majeures », a affirmé l'avocat du père au Daily Beast. « Dans un sens, en refusant l'avortement, elle risque la vie des trois enfants et peut-être la sienne. » Une très grosse majorité des triplés naissent prématurément.

Brittanyrose Torres, 26 ans, a accepté de devenir mère porteuse pour un couple dont elle a lu l'histoire émouvante sur Facebook. On lui a implanté plusieurs embryons et elle porte aujourd'hui deux garçons et une fille. Le couple lui a demandé d'avorter de l'un des fœtus pour réduire les complications médicales et le risque de malformation. Brittanyrose Torres, elle aussi, a refusé.

Les parents biologiques « savaient depuis le début que je ne voudrais pas d'avortement, sauf dans le cas d'une question de vie ou de mort », a-t-elle dit dans une interview. Elle aurait signé un contrat qui lui donnerait 25 000 dollars pour un bébé, plus une prime de 5 000 dollars par bébé supplémentaire. Elle a proposé au couple d'en adopter un.

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Casse-tête juridique et moral

Ces deux affaires posent un casse-tête juridique et moral. En Californie, toute mère porteuse doit signer en présence d'avocats un contrat qui en général comporte une clause prévoyant la possibilité d'un avortement en cas de grossesse multiple. Mais aucun juge ne va obliger une mère à avorter et le couple biologique n'a pas les moyens de la forcer, sauf en la menaçant de poursuites judiciaires et en arrêtant de payer les frais. La loi ne dit pas non plus ce qui se passerait si les bébés naissaient prématurément ou avec un handicap. Qui devient responsable si les parents refusent de les prendre arguant du fait qu'ils avaient mis en garde la mère porteuse ? Sans parler de l'impact psychologique sur les enfants, surtout si les parents biologiques décident de n'en choisir que deux et d'abandonner le troisième en adoption.

Ce n'est pas la première fois que la justice doit statuer sur ce sujet.

En 2013, une mère porteuse dans le Connecticut a refusé d'accepter les 10 000 dollars que lui offrait le couple pour avorter lorsqu'il a appris que le fœtus était anormal. Les parents biologiques ont finalement abandonné leurs droits parentaux et le bébé a été adopté par une autre famille. Ce qui complique la situation aux États-Unis, c'est que la loi varie d'un État à l'autre, ou même d'un comté à l'autre. Dans le Michigan ou à New York, il est interdit de payer une mère porteuse. En Californie ou dans le Maine, c'est autorisé, même si les détracteurs dénoncent ce qu'ils assimilent à du trafic de bébés. Il n'y a pas de statistiques sur le nombre de mères porteuses américaines, mais, selon le Daily Beast, les chiffres montrent que 1 939 bébés sont nés de cette manière en 2013, une hausse de 160 % depuis 2004.

De son côté, Melissa Cook vient d'intenter une action en justice, attaquant la loi californienne comme inconstitutionnelle, et cherche à obtenir la garde de l'un des enfants au moins. Quant au père biologique, selon son avocat, il respecte la volonté de Cook, continue à payer les frais médicaux et compte bien obtenir la garde des trois enfants.

Source

Hélène Vissière correspondante Le Point à Washington,

Publié le 07/01/2016 à 07:45

http://www.lepoint.fr/monde/etats-unis-le-casse-tete-des-meres-porteuses-qu-on-veut-faire-avorter-07-01-2016-2007697_24.php

 



07/01/2016
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