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En mémoire du père Hamel, témoin de la foi

À Saint-Étienne-du-Rouvray, comme partout dans le monde, le bien ne fait pas de bruit. Peu d'entre nous auraient eu l'occasion d'entendre parler du père Jacques Hamel, s'il n'avait été égorgé alors qu'il célébrait la plus humble des messes, celle d'un mardi matin du temps ordinaire, dans une paroisse sans histoire.

Ce prêtre né en 1930 avait depuis longtemps dépassé l'âge de la retraite, mais il tenait bon, vaille que vaille. Sur une photo comme on en trouve sur le site de tant de paroisses, tellement banale et soudain tellement emblématique, on le voit allumer encore une fois le cierge pascal, symbole de la victoire de la vie sur la mort.

Avec une poignée de paroissiens assaillis avec lui – dont, à l'heure où j'écris, une personne grièvement blessée – le père Hamel incarne un peu ce christianisme des modestes. Une Église qui n'a pas lâché les milieux populaires. Une Église dont on ne parle jamais, mais vers laquelle beaucoup de Français savent pouvoir se tourner un jour, pour une naissance, un deuil, une écoute. Une Église qui, en effet, ne fait pas de bruit, qui ne revendique rien, qui ne donne aucune leçon, mais qui reste là. Fidèle. Évangélique.

Cette Église parle de paix et d'amour dans un monde que hantent les marchands de mort. Serait-elle bébête, nunuche ou, selon le mot à la mode, « bisounours » ? Beaucoup, y compris parmi les chrétiens, voudraient que l'on crie vengeance. Tentation bien compréhensible, presque instinctive.

De plus en plus souvent accusée de naïveté dans sa relation avec l'islam, voire d'aveuglement sur les causes du mal, l’institution catholique devra trouver les mots pour répondre.

À Saint-Étienne-du-Rouvray, le modèle d'un christianisme du « vivre ensemble » est atteint, celui qui croit en la fraternité de tous les croyants et qui cherche à préserver le lien social dans des quartiers souvent délaissés par la puissance publique.

Le gouvernement devra répondre de questions plus concrètes encore, et malheureusement légitimes.

Il devient politiquement difficile de prétendre que l'on a tout fait et que l'on a tout essayé. Pourquoi, par exemple, l'un des deux assassins était-il en liberté conditionnelle quoique fiché « S » ?

Mais il faut lutter sans haine, et c'est toute la différence.

Le projet de Daech est de nous placer sous son emprise mentale et de susciter la guerre de tous contre tous, dont une nouvelle guerre des religions.

Face à la barbarie d'inspiration djihadiste, la tentation de la violence mimétique affleure. Y résister, ce n'est pas être faible. C'est… résister, justement.

Ne rien lâcher, y compris et surtout de nos valeurs, voilà le devoir de tout Français et le travail de tout chrétien. « Nous prêchons un messie crucifié » et c'est notre folie aux yeux du monde, disait saint Paul. « Dieu ne partage pas notre haine » : j'ai retrouvé cette phrase de Desmond Tutu, l'évêque anglican qui lutta contre l'apartheid.

De tout temps, de toute époque, jamais le fondement du christianisme n'a changé. « Ces ennemis aussi, nous devons les aimer », écrivait le pasteur alsacien Charles-Eugène Weiss, le 29 novembre 1943. Enrôlé de force par les nazis, Weiss fut tué peu après, à 21 ans, sur le front russe.

Pour finir, on pense évidemment aux frères de Tibhirine et au succès du film Des hommes et des dieux.

La fertilité des témoins de la foi est aussi mystérieuse qu'admirable. De la mort du père Hamel, tué alors qu'il faisait mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, surgit la vie et, peut-être, une force nouvelle d'évangélisation.

Son martyre, car c'en est un vrai, offre une prédication d'une totale limpidité : face au djihadisme, le devoir des chrétiens est de demeurer chrétiens, sans se tromper sur le sens de la foi. Même déchristianisée, même désorientée, même apeurée, la société française attend cela de nous. De nous, elle n'attend même que cela.

 

SOURCE :

 

                       

Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction publié le 26/07/2016

http://www.lavie.fr//debats/edito/en-memoire-du-pere-hamel-temoin-de-la-foi-26-07-2016-75086_429.php?IdTis=XTC-AGXN-GI00QW-DD-DHIIM-U4G



27/07/2016
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