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Corse : que s'est-il vraiment passé à Sisco ? Les zones d'ombre de la rixe

Plusieurs véhicules avaient brûlé après la rixe qui a opposé samedi de jeunes Corses à plusieurs familles d'origine maghrébine.

((PASCAL POCHARD-CASABIANCA))

Après les violents incidents survenus samedi sur une plage de sa commune, le maire PS de Sisco a pris un arrêté interdisant le burkini. Les faits, eux, demeurent confus.

Un arrêté anti-burkini, un rassemblement tendu dimanche à Bastia, et une ambiance électrique en Corse depuis trois jours : la violente altercation qui a eu lieu à Sisco (Haute-Corse) samedi 14 août n’en finit pas d’échauffer les esprits. Pourtant, rien n’est encore très clair concernant ce qu’il s’est réellement passé. Une enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie d'Ajaccio, chargée d’éclaircir ces faits, qualifiés à ce stade par le procureur de Bastia de "violences en réunion". Le point.

Comment a commencé l’altercation ?

L'altercation a opposé des habitants de Sisco à trois familles d'origine maghrébine de Bastia dans une crique de Scalu Vechju, tout près du village, samedi après-midi. Jusqu'ici, aucun membre de ces familles ne s'est exprimé publiquement. L'élément déclencheur de la rixe reste flou.

Une source proche du dossier contactée par "L'Obs" indique : "des touristes photographient la crique qui est jolie. Est-ce mal interprété ?" Selon la même source, les familles qui s'y étaient installées "n'avaient visiblement pas envie qu'il y ait des gens autour d'elles" et se sont montrées "agressives" vis-à-vis de touristes, puis de jeunes du village.

Selon un témoignage cité par "Libération", tout commence quand les pères de famille, d'origine maghrébine, accusent un touriste de photographier leurs femmes. "L’un de ces hommes, furieux, se serait alors emparé de galets, qu’il aurait lancés en direction du vacancier", écrit le quotidien, qui souligne toutefois que ce vacancier n'a pas encore été entendu par les gendarmes. 

A., 19 ans, cité par "Corse-Matin", évoque lui une touriste seins nus qui aurait subi insultes et jets de pierres de la part des familles.

Selon une source sécuritaire citée par le "Parisien", qui ne donne pas davantage de détails, "il paraît d’ores et déjà certain" que la présence de ces familles "a pu être perçue comme ostentatoire, voire privatisatrice de la plage".

Que s'est-il passé ensuite ?

Ce premier accrochage aurait été photographié ou filmé avec son smartphone par un jeune de Sisco, qui aurait à son tour été pris à partie par les familles installées sur la plage. Son père serait venu à sa rescousse, puis d'autres habitants du village seraient arrivés dans la foulée. Les coups pleuvent de part et d'autre : dans son communiqué, le parquet de Bastia évoque "jets de pierre, coups et jets de bouteille" . 

L'altercation s'est encore intensifiée quand elle a ensuite opposé un petit groupe de jeunes de Sisco âgés de 17 à 18 ans, un garçon et deux filles, à des membres des familles, poursuit la même source proche du dossier. Entendus par les enquêteurs, leurs versions sont, selon cette source, "diamétralement opposées".

Quel est le bilan ?

Cinq personnes ont été blessées, dont au moins deux hommes d'origine maghrébine qui souffrent de nombreuses ecchymoses. Quatre ont dû être brièvement hospitalisées. Le jeune homme de Sisco et son père, d'origine tchèque, figurent également parmi les blessés. 

Personne n'a pour l'heure été interpellé. Trois voitures appartenant aux familles d'origine maghrébine ont également été incendiées. 

"La réaction finale des gens du village a donné lieu à une scène extrêmement violente lors de laquelle les gendarmes ont dû s'interposer", indique par ailleurs la même source proche du dossier. 

Certaines femmes portaient-elles des burkinis ?

Il semble en réalité que certaines femmes portaient des robes et des voiles recouvrant leurs cheveux ; tandis que d'autres n'étaient pas voilées et avaient les épaules nues, selon "Libération". La même source proche du dossier indique à "L'Obs" l'absence du port de burkini.

Lors du rassemblement qui s'est déroulé dimanche soir, une jeune fille, qui s'est présentée comme témoin des faits, a cependant affirmé que les femmes présentes sur la plage se baignaient en burkini. Lundi, le maire de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, a ensuite pris un arrêté pour l'interdire sur les plages de sa commune. 

"Je confirme qu'il y avait une femme qui se baignait en burkini", a quant à lui assuré Ange-Pierre Vivoni mardi à l'AFP, évoquant "un effet de mode que l'on voit sur toutes les plages en Corse". 

Des propos radicaux ?

"Le Parisien" rapporte que des habitants de Sisco assurent avoir "été pris à partie par des 'extrémistes' criant 'Allahou Akbar'. Toutefois le quotidien souligne que "les témoignages recueillis pour le moment par les enquêteurs n’évoquent pas la tenue de propos radicaux". Et si au moins un membre d'une des familles possède un casier judiciaire pour des délits de droit commun (trafic de stupéfiants, violences et outrages selon nos informations), aucun des protagonistes identifiés à ce stade n’est connu pour radicalisation.

"Aucun élément ne permet à ce stade de corroborer la tenue de propos radicaux", déclare également à "L'Obs" la même source proche du dossier.

"Ce n'est pas la communauté corse contre la communauté maghrébine", poursuit cette source, qui penche plutôt pour des personnes qui ont adopté "un peu une logique de caïdat en voulant s'approprier une plage publique, et d'autres, en face, qui ont surréagi".

Y-a-t-il vraiment eu coups de hachette et tir au harpon ?

Selon le témoignage de villageois, les familles les auraient menacé avec des armes blanches, parmi lesquelles des couteaux, et au moins une hachette. Lors du rassemblement de dimanche, la même jeune fille a par ailleurs évoqué deux blessures causées par un harpon.

Mais les premiers éléments de l'enquête n'établissent formellement que la présence d'un harpon (les familles venaient faire de la plongée), et rien n'indique à ce stade qu'il ait été utilisé dans la bagarre. "Les blessures constatées jusqu'ici sont la conséquence de coups de poing ou de l'utilisation de jets d'objets, de cailloux ou de bouteilles", souligne une source proche du dossier citée par "Le Parisien". Selon nos informations, aucun élément ne permet à ce stade d'affirmer qu'une hachette ou machette ait été utilisée lors de la rixe.

"Libération" parle bien de son côté d'une blessure due à un harpon, mais cite des constatations médicales qui "semblaient démentir, lundi soir, l’hypothèse d’un tir". Sur ce point, les investigations se poursuivent. Tout comme les auditions et expertises complémentaires visant à déterminer les responsabilités des uns et des autres lors de ces violences.

 

A-S H. et C. R.

 

Source:

 

                      

Publié le 16 août 2016 à 15h03

 

France : après Cannes, une commune de Corse interdit le burkini sur la plage



16/08/2016
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